Ma grossesse a été éprouvante et stressante pour moi, après deux ans d'essai pour avoir un bébé et une fausse-couche.
Lundi 13 février. Aujourd'hui je dois appeler N., ma sage-femme, pour qu'elle me donne sa « recette miracle » pour éventuellement faire en sorte que l'accouchement arrive. Mon terme était le 4
Février, (terme suisse, terme français le 11, j'ai donc dépasser le terme et je flippe...) je commence à avoir peur d'accoucher à la maternité, avec tout ce que je ne veux pas : péridurale,
forceps, pire, césarienne...
Je l'appelle en fin de matinée, elle me donne les ingrédients. C'est une sorte de « déclenchement » naturel, toujours mieux que la perfusion à l'hosto ! J'appelle ma maman pour qu'elle aille
m'acheter tous ces ingrédients, elle me les apporte vers midi. J'attends que S., mon mari, rentre pour boire cette mixture, on ne sait jamais si ça marche très rapidement !
S. rentre en début d'après-midi, je prépare le fameux smoothie, et vers 15 heures je le bois. Au début ça passe, puis vers la fin je n'arrive pas à avaler davantage... Il reste 100 ml, ça ne
passe pas, je mange du pain entre deux gorgées pour faire passer le tout, mais je n'arrive pas plus. Je préfère laisser le reste plutôt que de tout vomir.
Vers 15h30, contractions non douloureuses toutes les 10 mn, comme j'ai eu toute la fin de ma grossesse. Je désespère un peu de me dire que les contractions restent les mêmes, que ça ne fait pas
avancer les choses. Je dis à S. que j'ai peur de la césarienne : j'ai rdv le lendemain à la maternité pour échographie pour vérifier placenta et liquide, si l'écho n'est pas bonne ils me
déclenchent. Si tout va bien, contrôles toutes les 48h, et maxi samedi 18 ils me déclenchent...
Je commence à avoir un peu peur du déclenchement et de tout ce qui va avec. Mon seul stress de toute la grossesse c'était ça, de dépasser le terme et de ne pas pouvoir accoucher avec N., ou au
contraire d'accoucher trop tôt (avant 37SA) et de ne pas pouvoir accoucher avec elle non plus, ou encore qu'elle soit en train d'accoucher une autre femme au moment où moi je l'appelle...
A 16h48 exactement, première contraction avec douleurs de règles... Je me dis chouette, ça change ! J'ai enfin une douleur, certes petite, qui accompagne ma contraction, et du coup je m'en
réjouis ! Enfin ce n'est pas comme avant... Puis rebelote 9 minutes plus tard, puis 7 minutes... Je dis à S. que ça y est, ça fait un peu mal, mais je peux quand-même continuer à regarder la
télé. S. part peu après 17h au travail et veut que ma maman vienne, on ne sait jamais...
Mais pour la première fois, j'ai envie d'être seule, je ne veux pas qu'elle vienne je ne sais pas pourquoi, je préfère attendre d'avoir vraiment mal, que les contractions soient plus rapprochées.
N. m'envoie un SMS et me demande à quelle heure j'ai bu la mixture. Je l'appelle, c'est plus simple. Je lui explique que ça y est j'ai un peu mal, elle est contente ! Mais que les contractions
oscillent entre 3-4 minutes et 9 minutes, donc pas régulières. Elle me demande de la tenir au courant dans l'heure. Je lui demande si je peux prendre une douche pour voir si c'est le vrai travail
ou pas, mais je lui dis que j'ai peur que ça fasse stopper les contractions... Elle me dit de quand-même prendre une douche. Je raccroche, et j'attends quand-même avant de prendre ma douche, je
veux que les contractions continuent pour faire bouger le col...
Entre temps ma maman m'appelle régulièrement pour savoir comment je vais, elle s'inquiète de me savoir seule... Je lui dis que ça va, je gère seule je préfère, mais que quand je vais prendre ma
douche j'aime autant qu'elle soit là, j'ai peur de tomber dans la salle de bain sous une contraction. elle me dit de l'appeler quand je vais au bain.
30 minutes plus tard je l'appelle, j'ai envie de prendre ma douche et d'être propre car les contractions augmentent d'intensité et se rapprochent, mais sans être régulières encore. Toutes les 2-3
minutes et maxi 5-6 minutes... elle arrive. Ma maman veut qu'on aille à la maison de naissance, moi je veux prendre ma douche, et attendre S. Je vais prendre ma douche, deux contractions sous la
douche me confortent dans mon idée : c'est le vrai travail, je vais bientôt accoucher ! A ce moment là j'ai un peu mal mais je me dis que c'est largement gérable. Je ne sais pas encore ce qui
m'attend pour cette soirée...
Je sors de la douche et une autre contraction, un peu plus forte, me fait m'arrêter et souffler doucement, je veux pas faire peur à ma maman qui est dans le salon. Je lui dis que les contractions
ne s'arrêtent pas, elle me redit « je t'amène à la maison de naissance ! » je lui dis que non, pas encore... elle rumine ! elle me dit de préparer au moins mes affaires. Doucement, je finis les
sacs, avec mes affaires de toilette, les chaussons... je les mets dans l'entrée, ça fait bizarre : ils attendent depuis tellement de temps dans la chambre ! Puis j'envoie un SMS à S. en lui
disant de se dépêcher, qu'à mon avis on va faire un tour à la maison de naissance... mais de faire attention sur la route. Ce SMS, il ne l'a pas lu, il est arrivé tranquillement et a vu les
bagages, là il a compris !
Une fois S. rentré (vers 19h45 environ), j'appelle N., je lui dis que les contractions me font souffler, que j'ai plus mal qu'avant, et qu'à mon avis on va venir l'embêter. Elle me répond « avec
grand plaisir ! » Ca y est... on va partir, j'ai du mal à y croire.
On part donc pour la maison de naissance qui se trouve en Suisse, à seulement 10 minutes de chez nous à peine. Ma maman garde notre chienne et part dans sa voiture. S. charge la voiture. J'ai les
larmes au bord des yeux. Je n'ai pas envie de partir, de laisser maman que je vois stressée, ça se bouscule un peu, mais je me retiens de pleurer. Je me dis qu'on part à deux, et que là, ce soir,
notre vie va changer, qu'on va rentrer à 3. A ce moment là je n'ai pas peur des douleurs, je ne suis pas stressée.
On fait la route, doucement car il y a de la neige. Les contractions dans la voiture font plus mal qu'avant et sont plus rapprochées, chaque « secousse » sur la route m'en donne une. Mais ce
n'est rien par rapport à ce qui m'attend niveau douleur. Avec le recul, je n'avais pas mal à ce moment là, en fait ! On arrive devant la maison de naissance, je veux juste prendre un sac avec mes
affaires pour « accoucher » (ce que j'avais prévu, boules quies, ipod, ice tea, bouteilles d'eau, pim's... et qui ne me servira absolument pas, mais c'est en lisant les autres récits de naissance
que je m'étais « préparée mon kit de survie » ;-)
On arrive chez N. Il est un peu plus de 20 heures. N. m'examine... je suis à 2, mais j'étais déjà à 2 vendredi !!! Oui mais là, un bon 2 visiblement. Elle nous dit que pour elle c'est pour avant
demain midi. S. du coup, qui rentre du boulot et qui a faim, me demande si je préfère pas rentrer à la maison, et on revient si besoin... j'ai pas trop envie, je lui dis que j'ai quand-même mal,
et que même si on n'est pas loin, j'aime autant rester ici. Je demande à N. si pour elle c'est le bon moment, si elle ne va pas me renvoyer chez moi. Elle sourit et me dit que si je veux rentrer
et revenir pourquoi pas, mais que de toutes façons elle me garde deux heures pour voir comment ça évolue.
Elle me demande si j'ai faim, je lui réponds que non. Elle demande à S. qui dit que oui, elle part et revient avec une soupe thaï avec crevettes et légumes, ça sent super bon... Je souffle
doucement pendant les contractions, debout, les mains sur la table en bois du salon, S. et N. parlent (je ne sais plus de quoi), je suis la conversation entre deux contractions, je lui demande
les prénoms de ses enfants. Je ne sais pas pourquoi mais je me souviens bien de ça, j'avais envie de savoir le prénom de ses enfants depuis un moment, et je m'imaginais lui demander le jour de
mon accouchement, c'est chose faite ! Je sens que ça pousse derrière, N. dit que ça va aller plus vite que prévu... je lui dis qu'il faut que j'aille à la selle, elle me dit d'y aller, mais (en
riant) de pas pousser trop fort car je vais faire ma fille !!! Je vais aux toilettes, rien ne sort, N. me dit qu'elle le savait en fait.
Au bout d'un moment N. nous dit qu'elle part une heure, qu'elle revient ensuite pour voir où j'en suis et qu'on l'appelle si je sens que ça change ou que ça pousse. (elle habite dans la même
maison donc elle est juste à côté). Elle me demande si j'ai mis un Microlax avant de partir, je lui dis que non. Elle me dit d'en mettre un et me demande même si je veux qu'elle le fasse. Elle
est tellement géniale ! Mais je devrais me débrouiller !!! ;-)
J'ai l'impression qu'elle est partie plus d'une heure. Je n'ai pas vraiment regardé l'heure mais je pense plutôt une bonne heure et demi. Pendant son absence, les contractions ont changé
d'intensité, ça commence vraiment à faire mal, j'essaie des positions qui ne me conviennent pas, je me couche en foetus sur le canapé, sur le côté, ça fait trop mal mais je dois attendre la fin
de la contraction avant de changer de position car je ne peux pas bouger pendant. Je me mets debout, mais mes jambes me lâchent, alors S. les maintient tendues. Je ne souffle plus maintenant, je
commence à faire des sons graves, comme des mmmm de yoga. Pendant l'absence de N., je mets un microlax et vais aux toilettes, les contractions là-bas sont dures, mais au moins je suis « nette »
de ce côté là ! Je retourne sur le canapé.
N. revient au moment d'une contraction, je vois qu'elle sourit elle doit comprendre que ça y est, le travail a vraiment commencé. A la fin de la contraction je lui dis que j'ai vraiment mal
maintenant, je crois qu'elle me dit qu'elle sait. Je prends un biscuit, je le regrette à la contraction suivante car j'ai peur de vomir. J'arrête de manger alors, je bois seulement de l'eau (et
qu'est-ce-que j'ai bu !!!!! c'est un vrai marathon d'accoucher !!!)
Elle me dit qu'elle va m'examiner. J'espère être au moins à 4-5 vu la douleur que j'ai... Elle me dit que je suis à 3. Je me mets à pleurer, « qu'à 3 ? mais je vais pas y arriver » elle me
rassure en me disant que j'ai fait le plus dur, je ne la crois pas vraiment mais bon. Du coup, elle reste avec nous, elle ramène déjà les couches lavables pour bébé, elle déballe du matériel,
mais je ne sais pas exactement ce qu'elle fait, ni ce que c'est, je regarde sans regarder.
Puis tout s'accélère. Je n'ai plus du tout la notion du temps, S. et N. font des choses autour de moi, mais je n'en ai pas vraiment conscience. N. installe des alèses sur le tapis par terre,
devant la cheminée, elle retire la table basse. Je me dis que je vais donc accoucher là. N. m'a proposé de me faire couler un bain, mais les contractions me laissent si peu de répit que je ne
veux pas bouger, je reste là, sans bouger, donc le bain, c'est non !
J'ai de plus en plus mal, je suis par terre, je passe des sons graves à chaque contraction à des ahhhhh un peu plus fort. Je regarde l'heure encore, je veux savoir si ma fille va arriver le 13
février ou le jour de la st valentin. N. me demande d'arrêter de regarder l'heure. Je lui dis que je vais réveiller ses enfants, que je suis désolée. Elle me répond que leur chambre est de
l'autre côté, et qu'ils ont l'habitude. A chaque contraction S. m'appuie fortement sur le bassin pour ouvrir le bas et que bébé s'engage mieux, ça me fait du bien. Mais il lâche d'un coup sec à
la fin de la contraction, ça fait trop mal, je lui dis en gémissant, et N. aussi lui explique qu'il faut lâcher progressivement, en même temps que part la douleur de la contraction. A chaque
contraction c'est le même rituel : S. m'appuie sur le bassin, à la fin de la contraction brumisateur dans le dos, et je bois un coup d'eau, tout le temps, à chaque fois.
J'ai l'impression que les contractions ne me laissent plus de répit, ça fait mal sans arrêt. Je suis à quatre pattes, par terre, je regarde N. et elle me donne la bouteille d'eau, comme si elle
avait lu dans mes pensées... j'avais soif ! S. à un moment me regarde et me dit : « il est minuit... » avec un petit sourire, qui veut dire elle va arriver le 14 maintenant, c'est sûr ! Et puis
j'ai envie de pousser, N. me dit de pousser... je pousse, je dis que j'arrive pas, que ça fait mal, N. me dit qu'elle doit m'examiner pour être sûre que je ne pousse pas pour rien. Je suis à 7.
Je suis passée de 3 à 7 en 45 minutes. Mais quand elle me dit que je suis à 7, je me dis que je vais pas y arriver, encore...
Elle me demande d'éviter de pousser, et de me mettre dans une position vraiment inconfortable, la tête par terre, les fesses en l'air, pour que le bébé remonte et refasse mieux sa rotation dans
mon bassin. La position est juste impossible, j'ai trop mal, je gémis, j'ai trop mal... je lui dis « c'est bon ? » elle me dit « non tu restes 5-6 contractions dans cette position »... j'ai envie
de pleurer face à cette réponse, ça fait trop mal ! Je crois que j'ai pleuré même, je ne sais pas, j'ai les yeux fermés maintenant. On me touche, mais je sais pas si c'est S. ou N. Je n'ai aucune
notion du temps. Je sais maintenant que le CD de Seal tourne, mais je ne l'entends plus.
Puis je me remets accroupie, les bras tendus, N. me demande si les bras comme ça ça ne me fait pas mal, je dis que non, ou je fais signe que non, je ne sais même plus si je parle encore à ce
moment là ! Mais elle me dit de changer de position car là, elle a pas la place de faire passer la tête de bébé, j'ai les fesses presque par terre. Elle me ré-examine, le toucher vaginal pendant
les contractions est juste horrible, je pleure-gémis-crie de douleurs. Elle me dit « tu es à 10 ! mais y'a un petit bout de col là.... » Je pleure en demandant « comment ça un bout de col ? »,
elle me dit « non non rien ne t'inquiète pas », à mon avis elle a poussé le bout de col gênant car j'ai eu très mal au même moment.
Entre deux contractions je me souviens de demander à N. si elle appelle pas une collègue à elle puisque je me souvenais qu'aux cours de prépas à l'accouchement elle m'avait dit que vers la fin
une autre sage-femme venait. Elle me répond en souriant un truc du genre « pourquoi tu veux que je m'en aille » ou genre « je te conviens pas »... quelque chose comme ça. Je ne comprends pas trop
pourquoi elle ne l'appelle pas mais je ne dis rien, elle me dit que si jamais elle est juste au bout du fil...??! je comprends toujours pas tout, normal vu ce que je vis...
Je me remets accroupie, et me souviens qu'elle m'a dit de me mettre dans une autre position puisque celle-ci ne va pas. Je me mets naturellement à 4 pattes. Je m'étais dit que je ne me voyais pas
accoucher à 4 pattes. Comme quoi, on ne peut rien prévoir à l'avance, mais on fait ce que notre corps nous dicte de faire au moment M !
S. n'est plus derrière moi à m'appuyer sur le bassin, il est assis dans un fauteuil, devant moi. Juste avant la précédente contraction, il a dit « je vais aller mettre une bûche dans le feu »...
j'ai dit « non ». Lui « hein ? Quoi ? » il n'a pas compris que je voulais qu'il reste, qu'une contraction arrivait... C'est N. qui lui explique, mais je n'entends pas vraiment ce qu'elle lui dit.
C'est pour ça, que sur son « chemin » jusqu'à la cheminée, N. l'a fait s'asseoir dans ce fauteuil. Du coup c'est elle qui m'appuie sur le bassin. Ca, c'est N. qui me le dira plus tard car je me
souvenais plus et je lui ai posé la question...
S. assis devant moi, moi à 4 pattes, la tête dans ses cuisses, je pousse... J'ai pas eu l'impression de pousser longtemps, pourtant ça a duré 47 minutes ! Sur la fin, la douleur est telle que je
n'arrête pas de dire « ho la vache, ho la vache, ho la vache »... N. me dit de ne pas crier pour rien, mais de me concentrer sur la contraction pendant mon cri, elle m'aide beaucoup en comptant
jusqu'à 10 à chaque contraction. Je souffle en gémissant, j'oscille ma tête un coup à droite, un coup à gauche. C'est bizarre mais ça m'a vachement aidé ça, de faire doucement ces mouvements de
tête et les caler sur ma respiration, c'est venu instinctivement.
N. compte jusqu'à 10, à 11, ça fait encore mal, mais l'intensité de la douleur baisse, ça fait du bien... un peu de répit avant la suivante, qui arrive tellement vite !!! j'imagine une lionne
dans la savane, c'est marrant j'avais lu un récit d'aad, même plusieurs, ou les femmes expliquaient qu'elles se sentaient comme des lionnes...c'est tout à fait ça ! Elle me dit « c'est bien ce
que tu fais » quand je pousse bien, du coup je comprends comment il faut pousser. N. me met des serviettes d'eau fraîche (ou tiède ?) sur le vagin quand bébé commence à sortir, ça brûle tellement
que ça me fait beaucoup de bien.
Je pousse, je râle à chaque poussée, j'ai d'ailleurs eu mal à la gorge pendant 2 jours tellement j'ai râlé. Je sens N. m'essuyer derrière après chaque poussée, elle est gentille, je ne suis pas
gênée sur le moment. A un moment à la fin d'une contraction N. me dit « tu sais sur le panneau de la douleur, tu es presque à la fin... » je ne comprends rien à ce qu'elle me dit !! je dis « quoi
? Tu dis quoi ? » Elle me réexplique je crois que je ne comprends toujours pas. Je dis hein ?? et là je comprends en fait que pendant les cours de prépas à l'accouchement elle avait montré une
affiche avec des visages, et comment est le visage de la femme dilatée entre 0-3, puis 3-5, puis 5-7, etc. et donc je comprends que je suis le visage de fin, qui a mal, donc bien dilatée à 10 :
je n'ai plus qu'à sortir mon bébé maintenant !
Puis elle me dit que je peux toucher sa tête, mais je ne la sens pas, j'arrive pas à mettre mes doigts, j'ai trop mal... peu après je lui demande si je peux réessayer, et là je sens quelque
chose, je lui dis mais c'est trop mou c'est pas sa tête !!! elle me répond que si, ma fille est là, elle arrive...
Je dis « elle me déchire »... elle me répond que non, je dis aiiiiie j'ai trop mal, ho la vache, (encore !) et je redis elle me déchire. Nathalie me dit « non ça passe, et compte pas sur moi pour
te faire une épisio ! ». Tout ça, je le vis les yeux fermés depuis un moment, j'entends sans entendre, je ne vois rien, je pense à ma grand-mère à plusieurs reprises, de me dire qu'elle a vécu ça
avant moi m'encourage, je ne sais pas... Bizarrement je pense à elle et pas trop à ma maman.
J'ai mal, ça brûle, ça s'écarte, je dis « dis moi que la tête est passée » elle me répond non juste le sommet du crâne... là je pleure, j'imagine ce que ça va être quand elle va passer
complètement... puis la tête passe ; je pensais avoir un moment de répit, mais non, les épaules enchaînent, N. me passe Hanaé sous mes jambes, elle est là, par terre, devant moi. J'ai besoin d'un
moment avant de réaliser, le temps de reprendre mes esprits après cette douleur. N. me dit de la prendre, j'entends S. dire « elle ne pleure pas... » je réalise même pas qu'elle ne pleure pas, ça
paraît long et court en même temps, je n'ai vraiment aucune notion du temps. J'entends N. dire 1h42 ! Ma fille... devant moi... tu es là, je n'arrive pas encore à te prendre, j'ai encore mal...
S. dit que tu es belle, je n'arrive pas encore à le dire, je suis encore sous le choc peut-être.
Je te prends dans mes bras, j'ai peur de te faire tomber, tu es mouillée et ça glisse. Je demande à N. de me coucher, elle prépare derrière moi des coussins, je dis « j'ai peur de la faire
tomber, elle est trop liquide »... ?? je ne trouve pas le bon mot ! Je m'allonge avec toi, le temps s'arrête... à chaque mouvement, le cordon, qui bat encore, me fait mal à l'entrejambe, je
n'arrive pas encore à être heureuse et sourire, j'ai encore mal. N. me dit que j'ai une déchirure interne, au passage des épaules ça a déchiré, mais que le périnée est intact. C'est ça qui doit
me faire mal...
N. me dit qu'elle est fière de moi et m'embrasse sur le bord de mon ventre gauche au dessus de ma hanche, ça me fait plaisir. Elle me dit bravo, qu'elle est fière de moi. Je suis fière de moi
aussi, mais je ne réalise pas encore... Hanaé est arrivée le 14 Février 2012 à 1h42 du matin.
Première mise au sein 14 minutes plus tard, à 1h56. N. dit 18 minutes, S. aussi. Je dis « non 14 ». elle me dit « non il est 56 », je dis « 42+14=56 ». Elle me dit en rigolant que j'ai plus de
tête alors que je viens d'accoucher... Le temps passe vite et en même temps lentement, c'est vraiment bizarre, je suis sur une autre planète, ou sur mon nuage peut-être !
Mon placenta sort, N. appuie un peu sur mon ventre pour le faire sortir, ça fait mal, je profite pas trop de toi sur moi à ce moment j'ai encore mal. Elle me demande de tousser deux trois fois,
et le placenta sort. La délivrance porte bien son nom, je lâche un petit cri de soulagement, ça y est, je suis « vide » ! Le placenta est dans une bassine. Elle me le montrera un peu plus tard en
nous expliquant où était Hanaé, ce qui la nourrissait : intéressant !
Et puis là j'ai comme un blanc, je ne me souviens plus de comment je suis passée de couchée dans le salon à couchée dans le lit dans la chambre, qui portait Hanaé ? Moi ? N. ? S. ? Suis-je passée
aux toilettes ? Je crois me souvenir que N. m'a donné un peignoir, j'ai du marcher toute seule jusqu'à la chambre, je ne sais pas... N. me dit « ta fille est sortie sur Still loving you » de
Seal.
On est dans le lit avec S., N. doit me recoudre ma déchirure vaginale. Elle me demande si je veux une pizza. Oui, j'ai pas trop faim quand elle me le demande mais en fait une pizza ça passerait
bien ! Il doit être environ 3 heures du matin. Je ne sais pas si elle me recoud d'abord ou si elle apporte la pizza, je ne sais plus.
Je crois qu'elle me recoud d'abord. Elle m'anesthésie localement, ça fait un peu mal, c'est encore tout frais. Je crois qu'elle me demande d'abord si j'ai envie de faire pipi, et j'y vais avant,
N. vient avec moi et me fait couler du Solvarome, mélange d'huiles essentielles avec de l'eau tiède, ça fait du bien. Je retourne dans la chambre. Hanaé tête le doigt de S., elle est emmaillotée
dans plusieurs couvertures que lui a mises N. On dirait une petite fille en Mongolie : trop chou !
Je suppose que N. lui a mis une couche, je n'ai rien vu... je ne sais pas ce que je faisais à ce moment là.
N. me recoud. Je broie littéralement le pied de S. à chaque noeud que fait N. Elle me dit de prendre ma fille pour qu'elle tête, je lui dis que je préfère attendre qu'elle finisse, elle me dit «
oui mais si tu la prends maintenant tu seras moins attentive à ce que je te fais »... mais je préfère qu'elle finisse quand-même je ne suis pas encore à l'aise avec l'allaitement, normal...
Elle a fini de me recoudre, je l'entends dire « alors si ça je le couds là, lui ça va là.... » c'est un vrai puzzle là bas-dedans !!! La lumière est tamisée, Hanaé est toujours avec S.
N. me recoud avec une lampe frontale pour ne pas avoir la lumière partout dans la chambre.... Elle est tellement géniale !!!
Ensuite elle revient avec la pizza. Une bonne pizza faite maison, elle est juste trop bonne ! S. dormait, elle le réveille doucement avec cette grosse assiette de pizza. Il dit « tiens c'est bien
la première fois que je me fais réveillé à 4 heures du mat' avec une pizza », N. rigole. Il lui dit manges-en avec nous, elle nous dit qu'elle est allergique au gluten... on se la mange à deux,
miam elle est vraiment bonne. J'aurais du en manger plus...!!!
N. te pèse et te mesure : 3,820 kg et 53 cm !!! Moi qui ne mesure qu'1,58 m pour 46 kg, on est tous les 3 très étonnés !
On finit par aller se coucher, N. nous dit qu'elle nous réveille demain (enfin tout à l'heure !) vers 9 heures, la nuit va être courte. Je prends N. dans mes bras, la remercie, c'était tellement
génial ce qu'on vient de vivre !
On se fera réveiller quelques heures plus tard avec un p'tit déjeuner de roi, oranges pressées et compagnie. Je suis tellement heureuse d'avoir vécu ça. J'ai encore un peu de mal à parler de mon
accouchement sans que les larmes me montent aux yeux, j'ai encore mal, des courbatures arrivent. Mais je veux tellement revivre ça !
Je suis si heureuse d'avoir pu vivre cet accouchement comme je le souhaitais, dans le respect, l'intimité. L'arrivée de ma fille sur Terre aura été si douce... Je suis fière d'elle, je suis fière
de S. qui a géré comme un chef après m'avoir dit pendant 9 mois « tu m'en voudras pas si je sors car j'ai peur de tomber dans les pommes... » je suis fière de moi, d'avoir réussi mon souhait le
plus cher, d'avoir « sorti » un bébé de 3,820 kg, d'avoir cloué le bec à ceux qui essayaient de me décourager, d'avoir prouvé que j'en étais capable !
Je dois tellement à N. qui a su me donner confiance en moi, m'a accompagnée comme aucun médecin n'aurait pu le faire en maternité, que ce soit pendant la grossesse, pendant l'accouchement ou les
jours qui ont suivi. Merci N., tu fais partie de l'histoire d'Hanaé, tu es dans nos vies et dans nos coeurs depuis cette fabuleuse aventure. Notre vie à 3 ne fait que commencer.
J'ai voulu faire partager ce récit, car j'espère qu'il pourra aider certaines femmes à accoucher naturellement, comme certains récits m'ont aidés.
Nathalie.