Idée anti-nausées

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Faire infuser 5 à 10 mn 10g (dose maximum pour une journée) de gingembre frais râpé dans 250 ml d'eau. A boire au fur et à mesure des besoins. (source : 10Lunes)

Le deuil périnatal

Mardi 11 février 2014 2 11 /02 /Fév /2014 19:35

 

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Tu étais là au creux de moi et pourtant je ne t’ai jamais connu. Je n’ai jamais su qui tu étais vraiment. Tu n’as jamais existé pour les autres mais pour moi tu étais une promesse. De cette non-existence il faut faire quelque chose. Vivre avec ce vide. Même si ma peau est vierge de ton souvenir j’ai un tatouage invisible sur le cœur. Tu n’as pas de nom civil mais tu as existé.
 
Dehors, hors mon monde intérieur, tout un chacun parle de « fausse couche ». Il n’y a pourtant rien de faux dans cette histoire. Il y a juste une promesse qui n’a pas été tenue, une promesse qui n’a pas tenue. Et cet espoir était profondément vrai. Je n’ai pas connu ton âme, je n’ai pas été ta mère, mais je suis le témoin que tu as essayé de vivre, et j’ai vécu ton départ dans ma chair.
 
Accident de la nature ? Vie sans vie réelle ? À défaut de le savoir il a fallu que j’aille au bout de ma propre vie, jusqu’à frôler mon propre accident pour l’éprouver physiquement. Je ne t’ai jamais senti bouger en moi mais je t’ai vécu dans mon corps.
 
Décembre 2003.
Et la Vie m’écorche encore.
 
« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière. »
Victor Hugo, Les Contemplations.
 
Me sachant enceinte, j’avais planifié de ma propre initiative un rendez-vous dans un centre de radiologie spécialisé à Bordeaux, à la date de la première échographie. Dans une logique de suivi médical minimum, j’attendais cet examen pour consulter une première fois et déclarer en même temps ma grossesse. Mais le sang a commencé à couler, juste quelques jours avant, rendant cette visite inutile.
 
C’est comme un flash. Je me revois encore regardant dans ma main le papier toilette blanc tâché de rouge. C’est une seconde, peut-être moins, où le temps est dense, où la conscience est affutée. Réagir ? Crier ? Pleurer ? Hurler ? Ne plus respirer ? Non. Juste se diluer dans le moment présent, accepter.
 
L’aventure a déjà pris fin et je ne consulte pas de médecin. A quoi bon, de toute façon, puisque vu le flux de sang il n’y a rien à faire pour sauver la situation. Et puis je ne veux pas subir de curetage sous anesthésie générale. Curetage ! Rien que le mot est moche ! Je préfère laisser les choses évoluer naturellement.
 
À ce stade, on accouche de sang. Je suis persuadée que quelques serviettes suffiront et que dans quelques heures tout sera terminé. Alors les heures passent, le sang coule. Il coule par vagues. Il coule à petits flots. Je ne peux pas dormir car le sang déborde des protections et inonde les sous-vêtements m’obligeant à aller soit sur les toilettes soit dans la douche. Parfois le temps d’aller de l’une à l’autre le sang goutte sur le sol alors je reste de longs moments sous la douche.
 
J’ai mal quand ce petit utérus se contracte si fort. Je sens que les membranes se détachent par morceaux de l’intérieur. C’est une sensation étrange et douloureuse, comme une chair à vif à cause de « quelque chose » qui s’arrache de dedans. Au début je reste confiante mais je fatigue. Je perds la notion du temps. Je sens bien les choses évoluer : le détachement à l’intérieur est progressif et je perçois exactement quel côté de l’utérus est « délivré ».
 
Ca s’éternise et je deviens pâle. Je fatigue de plus en plus. Je perds beaucoup de sang mais comment évaluer tout cela au fond ? C’est quoi beaucoup ? Est-ce que je risque ma vie ? Je me demande ce que je vais faire si ça continue trop longtemps.
 
Lorsque je sens que les derniers caillots sont évacués c’est un vrai soulagement physique. Enfin l’épreuve est terminée. Enfin je peux dormir et me reposer. On me bichonne et me fait un plateau repas dans le lit. Et la vie quotidienne reprend. Petite histoire, petit malheur, petite épreuve. Tant pis ça n’a pas marché cette fois mais je crois quand même que j’arriverai à avoir un autre enfant un jour. Il n’est pas l’heure d’en parler, c’est juste une certitude au fond de moi.
 
Quand je dirai à un ami médecin qu’entre le début et la fin il y aura eu 23 heures, il trouvera que j’ai effectivement pris des risques. C’est quand il me dit ça que je réalise vraiment et me demande ce qu’au fond j’ai voulu me prouver. Je ne sais pas. Rien je crois. Je voulais laisser les choses se faire « d’elles mêmes », au rythme qu’il fallait et sans intervention inutile. Je voulais vivre ce « passage » de ma vie, à ma manière, et dans l’instant présent, c’est tout.
 
 Témoignage de Sophie Gamelin-Lavois, publié le 11/02/2014.
Par Sophie Gamelin-Lavois - Publié dans : Le deuil périnatal - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

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