« Orgasme et accouchement. On ne peut croire que les deux vont de pair dans une phrase, mais ce film rappelle que lorsque les femmes accouchent dans un environnement favorable, le plaisir et
l'extase sont possibles. J'espère qu'il va encourager davantage de femmes à rechercher un tel environnement de naissance. » Jennifer Block, auteur du livre « Pushed : The Painful Truth About
Childbirth and Modern Maternity Care. »
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Le plaisir d'accoucher est un secret bien gardé...
« La genèse de l'enfant dans l'abdomen, sa croissance, son augmentation du poids s'imposent encore dans un autre sens à l'âme féminine, viennent s'enchevêtrer avec des habitudes fermement
enracinées et utilisent, pour attacher la mère à l'enfant, des goûts qui, des couches cachées de l'inconscient, dominent le coeur et la vie de l'être humain. Vous n'êtes pas sans avoir remarqué
que l'enfant, trônant sur son petit pot, ne donne pas volontiers tout de suite ce que l'adulte, pour qui cette occupation contient moins de délices, réclame de lui, d'abord avec douceur, puis en
insistant de plus en plus énergiquement. Si vous voyez quelque intérêt -- qui peut certes passer pour un intérêt d'un ordre assez bizarre -- à suivre de près cette tendance à la constipation
volontaire, qui devient assez fréquemment une habitude pour la vie entière, je vous prierai d'abord de vous rappeler qu'à l'intérieur de l'abdomen se perdent aux alentours du rectum et de la
vessie des nerfs fins et sensibles dont l'action est de faire naître certaines envies et que l'excitation éveille.
Puis vous penserez qu'il arrive souvent aux enfants, pendant le jeu ou le travail, de se trémousser sur leurs sièges -- peut- être même l'avez-vous fait vous aussi au temps de votre innocente
enfance -- de remuer les jambes, de gigoter jusqu'à ce que retentissent les inévitables paroles de la mère : «Jean -- ou Lise -- va au cabinet! » Pourquoi cela? Serait-il vrai que le garçonnet ou
la petite fille se fussent oubliés à jouer, comme le prétend Maman par égard pour un de ses propres penchants depuis longtemps réprouvé ou qu'ils eussent été trop absorbés par leurs devoirs? Non
pas! C'est la volupté qui crée ces états, une bizarre forme de l'auto-satisfaction, pratiquée depuis l'enfance et développée plus tard jusqu'à la perfection par la constipation. Sauf qu'alors,
hélas! l'organisme ne répond plus à la volupté, mais -- en même temps que la sensation de culpabilité de la masturbation -- produit des migraines, des vertiges, des maux de ventre ou quels que
soient les noms des mille suites de cette habitude d'entretenir une constante pression sur les nerfs génitaux.
Oui, et puis vous songerez aussi aux gens qui ont coutume de sortir sans avoir évacué au préalable, qui ensuite, pris d'envies, soutiennent dans la rue des luttes pénibles et ne se rendent même
pas consciemment compte des délices qu'elles représentent. Il faut remarquer la et la totale inutilité de ce ces luttes entre l'être humain et son postérieur pour conclure qu'ici, l'inconscient
pratique un innocent onanisme. Eh bien, amie vénérée, la grossesse appartient à ce genre de masturbation en infiniment plus fort, car ici, le péché s'auréole de sainteté. Mais quelque sainte que
soit la maternité, cela n'empêche pas que l'utérus gravide excite ces nerfs et produit une sensation de volupté.
Vous trouvez que la volupté doit être enregistrée par le conscient? C'est une idée erronée. C'est-à-dire que vous pouvez être de cet avis, mais laissez-moi rire. Et puisque nous sommes arrivés à
ce thème épineux de la volupté secrète, inconsciente, jamais clairement définie, je puis me permettre de parler en même temps de ce que représentent pour la mère les mouvements de l'enfant. Le
poète s'est adjugé ce thème, l'a revêtu de roses et l'a délicatement parfumé. En vérité, cette sensation, une fois qu'on lui a retiré le nimbe de la sublimation, n'est autre que celle qui se
produit généralement quand quelque chose bouge dans le ventre de la femme. C'est la même que celle que lui fait ressentir l'homme, seulement, elle est dépouillée de toute idée de péché, portée
aux nues, au lieu d'être réprouvée.
N'avez-vous pas honte? me direz-vous. Non, je n'ai pas honte, ma très chère; j'ai si peu honte que je vous retourne la question. N'êtes-vous pas accablée de chagrin et de honte en pensant à
l'être humain qui a traîné dans la boue le bien le plus précieux de la vie, l'union entre l'homme et la femme? Songez, ne fût-ce que deux minutes, à ce que représente cette volupté à deux : on
lui doit le mariage, la famille, l'État; elle a fondé la maison et la ville, fait surgir de rien la science, l'art, la religion; elle a tout fait, tout, tout, tout. Tout ce que vous respectez!
Osez encore, après cela, trouver sacrilège la comparaison entre l'accouplement et les mouvements de l'enfant!
Non, vous êtes trop compréhensive pour persister à m'en vouloir d'avoir employé des termes proscrits par la pruderie d'une institutrice revêche sans avoir pris le temps de réfléchir. Et ensuite,
vous consentirez à me suivre plus loin encore et à admettre une affirmation encore plus sévèrement désapprouvée par le coeur et la civilisation, à savoir que l'accouchement lui- même est un acte
de suprême volupté dont l'impression subsiste sous forme de tendresse pour l'enfant, d'amour maternel.
A moins que votre bonne volonté n'aille pas si loin! Il est vrai que cette affirmation est en contradiction avec toutes les expériences, avec l'expérience de millénaires. Pourtant, un fait que je
tiens pour fondamental et duquel il faut partir, ne la contredit point : c'est qu'il ne cesse de naître de nouveaux enfants, par conséquent, toutes ces peurs, toutes ces souffrances desquelles on
nous rebat les oreilles depuis des temps immémoriaux ne sont pas assez fortes pour ne pas être surpassées par le désir, ou un quelconque sentiment de volupté.
Avez-vous déjà assisté à un accouchement? Il y a un fait tout à fait étrange : la parturiente gémit, crie, mais son visage est rouge, fiévreusement surexcité et ses yeux ont ce rayonnement
extraordinaire qu'aucun homme n'oublie quand il l'a suscité chez une femme. Ce sont des yeux singuliers, curieusement voilés, exprimant l'enivrement. Et qu'y a-t-il de remarquable, d'incroyable,
à ce que la douleur soit une volupté, une suprême volupté? Seuls, ceux qui flairent partout la perversion et les plaisirs contre nature ne savent pas ou font semblant d'ignorer que la grande
volupté s'accompagne de douleur. Débarrassez-vous donc de cette impression qui vous a été communiquée par les lamentations des femmes en mal d'enfant et les contes ridicules des commères
jalouses. Essayez d'être honnête. La poule aussi crételle après avoir pondu un oeuf. Mais le coq ne s'en soucie guère et s'empresse de chevaucher à nouveau la poule, dont l'horreur pour les
douleurs de la ponte se traduit d'une manière surprenante par une entière soumission amoureuse aux désirs du seigneur et maître du poulailler.
Le vagin de la femme est un Moloch insatiable. Où donc est le vagin qui se contenterait d'avoir en soi un petit membre de la taille d'un doigt, alors qu'il pourrait disposer d'un autre, gros
comme un bras d'enfant? L'imagination de la femme travaille avec des instruments puissants, l'a toujours fait et le fera toujours. [...]
Il y a quelques années, et après une assez longue stérilité, une femme mit au monde une fille. C'était un accouchement par le siège et la femme a été délivrée sous anesthésie dans une maternité
par un accoucheur célèbre, aidé de deux assistants et de deux sages-femmes. Deux ans plus tard, une seconde grossesse se déclara; et comme, entre temps, j'avais pris plus d'influence sur la
femme, on décida que pour l'accouchement, aucune résolution ne serait prise sans que j'en fusse informé. Au contraire de la première, cette seconde grossesse s'écoula sans incident. Il fut résolu
que l'accouchement se ferait à la maison et par les soins d'une sage-femme.
Peu de temps avant l'événement, et à la demande de la sage-femme, on m'appela auprès de cette dame, qui habitait dans une autre ville. L'enfant se présentait par le siège : que faire? Quand
j'arrivai, l'enfant se présentait en effet par le siège; les douleurs n'avaient pas encore commencé. La parturiente avait très peur et voulait être emmenée à la clinique. Je me suis assis auprès
d'elle, ai quelque peu fouillé dans son complexe de refoulement -- avec lequel j'étais déjà passablement familiarisé -- et lui ai, pour finir, dépeint sous de vives couleurs -- je crois que vous
savez combien j'excelle à cela -- les plaisirs de l'accouchement. Madame X devint toute joyeuse et une bizarre expression de ses yeux disait que l'étincelle s'allumait.
Ensuite, je cherchai à me faire expliquer pourquoi l'enfant se présentait à nouveau par le siège. «Parce qu'ainsi, la naissance est plus facile», me dit-elle. «Le petit derrière est mou et ouvre
la voie plus doucement et plus commodément que la tète, si dure et si grosse.» Alors, je lui ai narré l'histoire de l'instrument, gros ou petit, dur ou flasque, dans le vagin, à peu près comme je
vous le décrivis l'autre jour. Cela lui fit quelque impression, mais il subsistait un reste de méfiance.
Elle finit par dire qu'elle voulait bien me croire, mais que tout le monde lui avait conté tant d'horreur sur les douleurs de l'enfantement qu'elle préférait être anesthésiée, Et si l'enfant se
présentait par le siège, on l'endormirait, elle le savait par expérience.
Donc, la présentation par le siège était préférable. A quoi, je lui répondis que si elle était assez bête pour vouloir absolument se priver du plus grand plaisir de sa vie, qu'elle ne se gênât
point. Pour moi, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu'elle se fît anesthésier, dès qu'elle ne pourrait plus supporter les douleurs. Mais pour cela, la présentation par le siège n'était pas
indispensable. «Je vous donne l'autorisation de vous faire endormir même si vous accouchez par la tête. C'est vous qui déciderez si, oui ou non, vous le voulez.» Là-dessus, je suis reparti, et le
lendemain, j'appris qu'une demi-heure après mon départ l'enfant se présentait par la tête.
L'accouchement eut lieu sans complication. L'accouchée m'en décrivit les diverses péripéties dans une jolie lettre. «Vous aviez tout à fait raison, Docteur. Cela a vraiment été une grande
jouissance. Comme la bouteille d'éther se trouvait sur la table, à côté de moi, et que j'avais la permission de me faire endormir, je n'avais pas la moindre peur et je pus suivre tout ce qui se
passait et l'apprécier sans inhibition. Il vint un instant où la douleur, qui, jusque-là, avait eu quelque chose d'excitant et d'attrayant, fut trop forte et je m'écriai : l'éther! -- mais
j'ajoutai aussitôt que ce n'était plus nécessaire. L'enfant criait déjà. Si j'ai un regret, c'est que mon mari, que j'ai torturé pendant des années à cause de cette peur stupide, ne puisse
ressentir cette suprême jouissance.»
Si vous êtes sceptique, vous direz qu'il s'agit là d'une suggestion heureuse, n'ayant pas force de preuve. Cela m'est indifférent. Je suis certain que la prochaine fois que vous aurez un enfant,
vous aussi, vous observerez «sans inhibition», vous débarrassant ainsi d'un préjugé, et que vous apprendrez à connaître une sensation contre laquelle vous avait prévenue la bêtise en vous
effrayant. »
Le livre
du ça, Georg Groddeck.
Ed. Gallimard. Extrait de la page 48 à 55.
Publié pour la première fois en 1923.
La sexualité des femmes
« Certaines femmes s'interrogent peut-être sur l'étrange plaisir qu'elles ont éprouvé en accouchant. Qu'elles ne doutent plus de leurs sens ou de leur santé psychique ! Le col de l'utérus, comme
je le disais plus haut, est une zone érogène que l'enfant sollicite par son passage. "Un des meilleurs orgasmes", m'avouait une patiente encore stupéfaite. (...) Ah ! j'oubliai : la tétée aussi
est un plaisir d'une extrême sensualité ».
La sexualité des femmes n'est pas celle des magazines, Catherine Blanc.
Ed. de La Martinière, 2004. Extrait du livre : page 79.
Confidences à l'obstétricien (1)
L. a accouché dans son lit. Elle était arrivée quelques dizaines de minutes avant à la maternité, un grand sourire sur les lèvres en balançant son ventre devant elle à chaque pas, un enfant à
chaque main. « C’était prévu pour demain mais je me demande s’il n’y a pas quelque chose qui se passe... »
L. est une superbe antillaise ronde dans tous les sens tant au moral, qu’au physique. Au premier regard on sent une tranquillité, une assurance une certitude même de la puissance de son corps
dans cette jeune femme qui vient là en voisine pour demander à ceux qui savent si ce qu’elle pressent est bien en chemin. Pas se rassurer, elle n’est nullement inquiète. Mais si c’était ça...
on ne sait jamais.
Les enfants attendent avec un air de gravité surprenant. Un garçon et une fille 3 et 6 ans guère plus ; ils se taisent résolument. La sage-femme qui l’accueille dans le couloir la salue et
pense « elle a déjà deux gosses, elle devrait savoir... ». Elle la contemple un instant. Ses joues rebondies, son sourire épanoui, sa façon de mouiller les r et cette aisance malgré
l’embonpoint attirent l’attention plutôt sur sa personnalité joviale que sur un éventuel travail d’accouchement.
Lui proposer un siège, faire le dossier médical, demander de raconter la grossesse, quelques minutes se passent. Au cours de la conversation, à intervalles, elle s’arrête de parler, son regard
s’embue légèrement, sa poitrine se soulève à un rythme plus rapide.
« Vous voyez, dit-elle, c’est ça... ». La sage-femme en baissant les yeux a remarqué qu’en même temps le ventre change de forme. On dirait que, pour quelques dizaines de secondes, il perd de
son aspect nonchalant et étalé pour prendre du galbe, s’arrondir et presque remonter. En tous cas il ne touche plus les genoux.
« Quand même, ça contracte... ». En effet l’examen fait dans la foulée montre un col utérin dilaté à 4-5 cm (un bon « cinq francs » dirait l’ancien). L’accouchement est donc bien en cours. On
met en place l’appareil d’enregistrement du cœur du bébé. Le monitoring est bon. Tout va bien.
Les enfants n’ont toujours pas ouvert la bouche. L. a du lâcher leurs menottes pour dire bonjour, sortir des papiers, en signer d’autres. Elle s’est déshabillée puis installée dans son lit. Ils
ont suivi le mouvement pas à pas. Ils ont couvert de caresses silencieuses les parties de peau maternelle à leur portée. D’abord les bras, au fur et à mesure les jambes, le ventre et même
maintenant le visage. Papa est en voyage. Bébé va venir au monde sans lui. Manifestement les "grands" se sentent responsables de quelque chose. En tous cas ils se comportent comme s’ils avaient
conscience de vivre un moment très important.
La sage-femme a dit : « Il y en a pour une bonne heure » et elle est repartie s’affairer auprès des autres mamans présentes à la maternité avec leurs bébés, en attente dans leur ventre ou déjà
au monde.
Tout-à-coup L. a senti que la tête de Bébé appuyait dans son bas-ventre. Tout son corps s’est tendu et sur son visage est passée une crispation. Cela, elle connaît. Ses yeux se sont voilés de
rêve. Machinalement elle a remonté sa chemise pour découvrir ses cuisses maintenant écartées dans un mouvement spontané. Les enfants ont caressé ses joues et ses bras de plus belle.
La voisine de chambre a senti plus qu’elle n’a vu, encore moins entendu qu’il se passait quelque chose. Elle a sonné.
Quand la sage-femme est entrée dans la pièce une touffe de cheveux noirs apparaissait entre les petites lèvres écartées, tellement roses entre la peau foncée et ces cheveux ébène. Elle a eu
juste le temps de mettre un champ stérile sous les fesses et d’accompagner le mouvement du bébé que sa maman, comme si elle avait fait ça toute sa vie, ramenait sur son ventre, installait entre
ses seins. Les enfants n’ont pas dit un mot de plus. Ils se sont regardés avec un sourire et ont esquissé un geste d’applaudissement.
Bébé a respiré sans aide et, après une discrète sollicitation de sa maman, il s’est littéralement jeté sur le mamelon du sein droit qu’il s’est mis à téter d’importance. C’est dans
l’indifférence de L. et des enfants tous attentifs aux performances du nouveau-venu que la sage-femme sortait la délivrance et après une toilette locale, replaçait la maman dans une position
plus habituelle.
Le lendemain je passe la visite au service. Ce jargon médical signifie que je passe avec la sage-femme de garde dans chaque chambre de la maternité dont j’ai la charge pour rencontrer les
mamans et leurs bébés et régler les différents problèmes médicaux qui peuvent se poser.
L. va très bien. Bébé tète sans problème. Elle s’est levée et a fait sa toilette seule. Son mari, joint au téléphone, est rentré dans la nuit. Tout va pour le mieux. Et pourtant...
Tandis que je parle à la voisine, L. pose son bébé dans le berceau, se poste près de la porte, et au moment où je sors de la chambre :
- Docteur je voudrais vous demander... (regard vers la sage-femme et la puéricultrice pour signifier qu’elle veut me parler seul à seul ; elles s’éloignent)
- Oui ?
- Est-ce normal de... (elle est très gênée, les mains sur son ventre à peine moins rebondi que la veille, le regard qui monte et qui descend)
- De quoi ?
- D’avoir du plaisir en accouchant ? Mais vous savez, un vrai plaisir, comme... comme quand on fait l’amour... encore plus même...
Heureusement, j’avais vécu déjà l’histoire suivante. Cela m’a permis de la rassurer complètement sur sa normalité. Et de penser, tout en terminant ma visite, à ce satané Georg Groddeck qui, au
début de ce siècle, écrivait à propos du plaisir féminin quelque chose comme « avant de mettre un enfant au monde, la femme se demande ce qu’est le plaisir; et après, elle cherche ».
Le docteur Claude-Émile Tourné est spécialiste en gynécologie-obstétrique à Perpignan.
Confidences à l'obstétricien (2)
Quelques années auparavant s’était en effet déroulée l’histoire suivante. Je venais de m’installer.
J’avais dû faire face à une véritable cabale visant à m’empêcher de travailler, le motif non avoué étant un règlement de compte politique par générations interposées. Le fait est que j’avais
du renoncer à remplacer le vieux médecin qui partait en retraite et avec qui je m’étais entendu. Et du coup l’accoucheur que j’étais avait été dans l’obligation de chercher un lieu d’exercice
excentrique puisque le centre m’était interdit. Une clinique de moyenne montagne possédant une maternité de 10 lits tenus par une seule sage-femme réalisait une soixantaine d’accouchements
par an. Elle me fut ouverte sur ces mots : « Si tu t’imagines que tu vas faire venir des gens pour accoucher ici. » Trois ans plus tard nous réalisions plus de 300 accouchements et 5
sages-femmes travaillaient avec moi.
Mais tout au début, le travail fut relativement difficile. Une seule sage-femme ne pouvait matériellement être présente en permanence. Je devais donc doubler mon métier de médecin accoucheur
de celui de sage-femme. J’eus ainsi le privilège, après 7 années d’exercice en C.H.U., de suivre, tout seul et de bout en bout, un certain nombre d’accouchements.
M. avait déjà un enfant quand elle était venue me consulter pour me confier le suivi de sa grossesse. Elle suivit avec son mari le travail de préparation que je leur avais proposé. Le jour de
l’accouchement elle m’avait réveillé peu après minuit. Rendez-vous pris à la clinique distante de la Ville d’une trentaine de kilomètres, nous nous y sommes retrouvés une demi-heure plus
tard.
L’examen d’entrée et l’enregistrement monitorisé étant faits, je laissai le couple dans sa chambre et je commençai à attendre. Un des maîtres parisiens de l’obstétrique disait que la première
vertu d’un accoucheur devait être la patience. Je m’organisai en conséquence. La maternité était quasiment vide et le bureau de garde désespérément inhospitalier. Pour meubler l’attente,
j’allais donc régulièrement voir M. et son mari en m’interdisant un intervalle de moins de 30 minutes. Je faisais un examen toutes les heures. Le travail de l’accouchement était tranquille,
la dilatation progressait lentement, tout le monde semblait s’adapter à merveille tant la maman que le papa et le bébé.
- Ca va ?
- Oui, oui.
Questions superflues tant il était évident que tout se déroulait sans anicroche. Mais cela me permettait de parler un peu. Ce qui se passait n’était manifestement pas mon affaire. J’aurais du
me contenter, comme j’ai compris à la longue que c’était là mon seul rôle possible dans cette affaire de famille qu’est la venue au monde d’un enfant, du rôle de pompier de service, celui qui
contrôle à tout instant discrètement que tout va bien et qui n’intervient, mais là très vite, que s’il y a le feu.
Ils avaient cependant la gentillesse de me répondre. Parfois nous menions même un bout de conversation.
M. pratiquait, à ma grande satisfaction, la respiration limitée et accélérée que je lui avais apprise. Tout au long de la contraction son visage respirait une plénitude à laquelle ses yeux
mi-clos apportaient une touche d’abandon. Pendant les temps de repos qui étaient assez longs de l’ordre de 5 minutes environ, elle semblait plus présente, plus attentive à sa position, à ses
membres. Elle bougeait de manière assez brusque de temps à autre. Dès que la contraction revenait, elle retrouvait la détente, le calme et la tranquillité.
Le ciel blanchissait à peine quand je revins une fois de plus. Mêmes interrogations, même réponses.
- Ca va ?
- Oui, bien.
Sauf que cette fois, voulant allonger un peu la conversation j’ajoute :
- Ca va donc, les contractions.
Littéralement piquée au vif, elle me rétorque :
- Évidemment que ça va pendant les contractions, c’est entre que je m’énerve.
Estomaqué, je bats en retraite. Je me fais encore plus discret.
Une heure plus tard elle mettait au monde une fille vigoureuse et empressée car dès qu’elle fut mise en présence du sein, sur la table d’accouchement même, elle en prit le mamelon tout au
fond de sa bouche pour ne plus le quitter.
La clé du mystère me fut fournie quelques temps plus tard. A la consultation postnatale, à côté des examens médicaux indispensables, je propose systématiquement de faire un point sur la
manière dont a été vécu l’accouchement. A peine évoquai-je le sujet qu’elle reprend le même air mi-furibard mi-oppressé :
- Ah oui ! Parlons-en de l’accouchement; après 10 séances de préparation j’aurais quand même espéré savoir un peu mieux à ce qui m’attendait !
- ...
- Eh bien oui, tu aurais pu m’avertir que les contractions donnaient des sensations pareilles !
- ...
- Ce pied !... Alors, quand la contraction s’arrêtait, j’attendais avec impatience la suivante.
- Tu veux dire que ...
- Tu ne le savais pas ?! Bonjour le grand préparateur ! Pas étonnant de la part d’un mec.
Et c’est ainsi que j’ai appris, à 35 ans sonnés et après 10 ans d’obstétrique, que non seulement l’accouchement pouvait être sans douleurs, mais que dans les conditions optimales, il pouvait
même être une source merveilleuse de plaisir.
Le docteur Claude-Émile Tourné est spécialiste en gynécologie-obstétrique à Perpignan.
Liens Internet :
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L'orgasme médicalement assisté
Parodie d'un accouchement médicalisé...